17 mai 2006

La Jeune Fille le Diable et le Moulin

Olivier PY – La jeune Fille le Diable et le Moulin

Personnages

LE PERE

LA MERE

LA JEUNE FILLE puis LA PRINCESSE

LE DIABLE

L’ANGE

LE JARDINIER

LE PRINCE

PREMIER SQUELETTE

DEUXIEME SQUELETTE

L’ENFANT

Scène 1

Au coeur de la forêt. On entend les oiseaux.

LE PERE : Je ne suis jamais venu ici. Pourtant je croyais bien connaître cette forêt si profonde, si obscure que mes paupières s’alourdissent. Je sens une grande fatigue. Je vais me reposer un peu. La tête sur cette pierre sèche. Je ne dors pas. Je ferme simplement les yeux.

(Les oiseaux se taisent.)

Le silence ! Ce silence m’a réveillé.

(Le diable apparaît dans son dos.)

Qui est là ? Qui est là, dans mon dos ?

(Il se retourne, mais le diable tourne avec lui.)

Non, personne.

LE DIABLE : Je suis là.

LE PERE : Qui a parlé ?

LE DIABLE : Ici.

Le père se retourne, le diable aussi.

LE PERE : Où ?

LE DIABLE : Toujours derrière toi.

LE PERE : Qui êtes-vous ?

LE DIABLE : On m’a donné bien des noms. Bruit d’orage. Poids de rien. Roi de ruse. Mord la foi. Oeil de trou. Avale qui pue. Mais aujourd’hui, « Celui qui est toujours derrière toi ».

LE PERE : Toujours derrière moi et chaque fois que je me retourne.

LE DIABLE : C’est un jeu.

LE PERE : Ca ne m’amuse pas.

LE DIABLE : Alors prends ce petit miroir et regarde par-dessus ton épaule.

LE PERE : Vous n’êtes pas très beau.

Le diable change de visage.

LE DIABLE : Tu préfères ce visage ?

LE PERE : Visage de crampe.

LE DIABLE : Encore un nom qui me va bien. (Le diable change encore de visage.) Et celui-là ?

LE PERE : Crampe de visage.

LE DIABLE : Homme qui rit de tout.

LE PERE : Il le faut bien.

LE DIABLE : Il le faut bien, tu dis cela avec tristesse.

LE PERE : Ma vie est dure

LE DIABLE : Tu es pauvre ?

LE PERE : Aussi pauvre que cette pierre qui m’a servi d’oreiller.

LE DIABLE : La pierre n’est pas malheureuse.

LE PERE : Qu’en savez-vous ?

LE DIABLE : On n’entend pas sa plainte.

LE PERE : Qu’en savez-vous ?

LE DIABLE : Crois-tu que l’argent console ?

LE PERE : Je le crois.

LE DIABLE : L’argent ne consolerait pas cette pierre.

LE PERE : Alors, cette pierre est idiote.

LE DIABLE : Je peux te rendre riche.

LE PERE : Je n’ai rien à donner en échange, je ne sais pas chanter, et je ne suis drôle que malgré moi.

LE DIABLE : Je ne veux qu’une chose.

LE PERE : Laquelle ?

LE DIABLE : Ce qu’il y a derrière ton moulin.

LE PERE : Qu’y a-t-il derrière mon moulin ? Mon vieux pommier ?

LE DIABLE      : Tu seras riche si tu jures de me donner, dans trois ans, ce qu’il y a derrière ton moulin.

LE PERE : Cela vaut peut-être la peine de sacrifier mon vieux pommier. Pourtant, quelque chose me retient.

LE DIABLE : Je te laisse le temps de réfléchir. (Un temps.) Alors ?

LE PERE : J’accepte.

LE DIABLE : Pour signer le pacte, cligne des yeux.

LE PERE : J’hésite encore.

LE DIABLE : J’attends. Un temps. (Le père cligne des yeux.) Tu as cligné !

LE PERE : Malgré moi !

LE DIABLE : Malgré toi !

LE PERE : Je ne sais pas, trop tard, c’est fait.

LE DIABLE : Oui.

LE PERE : Où êtes-vous ? Il a disparu. Il faut rentrer , la forêt est froide.

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